2035 : l'UE assouplit l'objectif de 100 % VE à −90 %
La Commission européenne a dévoilé le 16 décembre 2025 une proposition assouplissant l’objectif de 2035 : les constructeurs automobiles devront désormais réduire de 90 % les émissions de CO₂ de leurs flottes neuves, abandonnant l’interdiction totale des moteurs thermiques. Ce revirement, encore soumis à ratification du Parlement européen et du Conseil, introduit des « flexibilités » permettant une part limitée de véhicules hybrides rechargeables et à prolongateur d’autonomie sur le marché européen.
À retenir
Ce changement majeur redéfinit la feuille de route automobile européenne:
- Objectif révisé : l’UE vise désormais −90 % d’émissions en 2035 (au lieu de −100 %) par rapport à 2021.
- Place limitée : certains moteurs thermiques et hybrides rechargeables pourront subsister sous conditions strictes de compensation.
- Ratification attendue : le Parlement européen et le Conseil doivent encore adopter définitivement ce compromis.
Pourquoi le tout électrique passe à −90 % : contexte et assouplissements
Fin du moteur thermique reportée : les arguments de la Commission
La Commission européenne justifie ce revirement par la pression industrielle et les ventes atones qui fragilisent les constructeurs automobiles européens. Face à une production annuelle en baisse de 3 millions d’unités et une concurrence chinoise proposant des véhicules électriques à prix attractifs, Bruxelles reconnaît que le secteur traverse une transformation sans précédent. Stéphane Séjourné, commissaire européen à la Stratégie industrielle, défend une approche « pragmatique » pour préserver la compétitivité tout en maintenant le cap vers la neutralité climatique.
Assouplissements et « flexibilités » : du diesel en 2035 aux hybrides rechargeables
Plusieurs leviers d’assouplissement permettent aux constructeurs d’atteindre l’objectif −90 % :
- Super-crédits : récompensent la production de petites voitures électriques abordables fabriquées en Europe.
- E-fuels et biocarburants avancés : jusqu’à 3 % des objectifs peuvent être compensés via ces carburants renouvelables.
- Acier bas carbone : son utilisation dans la fabrication peut représenter jusqu’à 7 % des crédits carbone.
Ces flexibilités autorisent le maintien sur le marché de véhicules hybrides rechargeables et à prolongateur d’autonomie après 2035, sous réserve de compenser les émissions résiduelles.
Impacts pour les constructeurs et les flottes d’entreprises
Plans industriels à recalibrer pour le véhicule électrique
Le passage à −90 % oblige les constructeurs automobiles à recalibrer leurs investissements. Les projets de batteries pour véhicules électriques purs devront cohabiter avec le développement de prolongateurs d’autonomie et de systèmes hybrides rechargeables. La Commission européenne a annoncé 1,5 milliard d’euros de prêts à taux zéro pour soutenir la production européenne de batteries.
Chaînes d’approvisionnement et acier bas carbone : enjeux industriels
L’Europe prévoit de produire jusqu’à 172 millions de tonnes d’acier bas carbone par an d’ici 2030. Les assouplissements seraient conditionnés à l’obtention de crédits pour l’acier vert utilisé dans la fabrication des véhicules, créant une incitation à verdir les chaînes d’approvisionnement. Le critère de contenu européen poussé par la France vise à favoriser ces fournisseurs locaux.
Prix attractifs et adhésion des consommateurs : un équilibre à trouver
Bercy anticipe un renforcement du malus automobile pour rapprocher les prix des véhicules électriques et des thermiques. Pour les flottes d’entreprises, maintenir des hybrides rechargeables coûte entre 6 000 et 10 000 €* de plus qu’un thermique équivalent, mais permet de répondre aux contraintes d’usage sans infrastructure de recharge complète.
| Technologie | Coût additionnel | Émissions 2035 |
|---|---|---|
| Véhicule électrique batterie | Référence | 0 g CO₂/km |
| Hybride rechargeable | +6 000 à 10 000 €* | Sous seuil à définir |
| Thermique + e-fuels | Variable | Compensation requise |
Réactions en Europe : États membres et constructeurs face au revirement
France, Allemagne, États-Unis : tensions commerciales et stratégie industrielle
La France regrette cet assouplissement et continue de plaider pour un critère de contenu européen strict, tandis que l’Allemagne salue le « bon chemin » emprunté par Bruxelles. Stéphane Séjourné défend une approche pragmatique : « L’objectif reste le même, les flexibilités sont en réalité des réalités pragmatiques au vu de l’adhésion des consommateurs. » Les tensions commerciales avec les États-Unis, où des droits de douane de 25 % pèsent sur les exportations européennes, renforcent la nécessité d’une stratégie industrielle cohérente.
ONG climat et défenseurs du tout électrique : inquiétudes et critiques
Les ONG environnementales, comme Transport & Environment, s’inquiètent de l’impact sur l’objectif de réduction des émissions de CO2. Les projections tablent désormais sur 75 % de véhicules électriques en 2035 au lieu des 100 % initialement visés, ce qui pourrait compromettre la neutralité climatique européenne.
Prochaines étapes avant 2035 : calendrier législatif et options technologiques
Le compromis proposé par la Commission européenne doit franchir deux étapes clés : le vote au Parlement européen, puis l’approbation du Conseil représentant les États membres. Les sessions plénières programmées pour 2027 examineront le texte en détail avant ratification définitive.
Plusieurs zones d’ombre demeurent. La définition précise des super-crédits—qui comptabiliseront chaque petite voiture électrique européenne comme 1,3 véhicule dans le calcul CO₂—reste à finaliser. Les seuils techniques pour les hybrides rechargeables autorisés après 2035 doivent également être clarifiés, tout comme le critère de contenu européen réclamé par la France.